"Il ne s'agit pas de protectionnisme. Simplement, il faut appeler un chat un
chat", clame Jean-Daniel Pasche, président de son association faîtière. La
Fédération de l'industrie horlogère suisse soutient, avec plus de 80% de ses
membres, la révision législative "Swissness" que le Conseil fédéral a transmise
au Parlement en novembre dernier.
Selon le président de la FH, "c'est le bon moment", à l'heure où certains
doutes de consommateurs se font jour ici ou là. Si rien n'est entrepris, il y a
un risque réel de tuer le concept en permettant la poursuite de l'érosion
lente, mais inexorable de la marque suisse ("Swiss made"). Un enjeu majeur pour
les horlogers.
60% du prix de revient
C'est pourquoi la FH s'investit pour voir adoptés des critères plus sévères.
Jean-Daniel Pasche mise sur l'expérience du secteur, notamment la lutte
anti-contrefaçons, pour protéger à long terme un label suisse qui globalement
pèse plus de 1% du produit intérieur brut (PIB) suisse par an, soit quelque 6
milliards de francs.
L'association faîtière salue ainsi le taux minimum de 60% du prix de revient du
produit qui doit être réalisé en Suisse, coefficient retenu par le Département
fédéral de justice d'Eveline Widmer-Schlumpf. Le calcul intègre nouvellement
les coûts liés à la recherche et au développement.
La FH compte porter le taux à 80% pour les montres mécaniques, en actionnant la
capacité laissée à la branche pour affiner les critères dans une ordonnance
spécifique. Celle-ci comprendra le prototypage et la construction technique,
outre les critères traditionnels du mouvement, de l'assemblage et du contrôle
final.
Une aubaine, se réjouit Jean-Daniel Pasche, selon qui "l'on va tout droit dans
le mur si l'on continue avec la pratique actuelle". Il n'existe pour l'heure
aucune limite de valeur pour les montres. On ne considère que le mouvement,
dont 50% doit être d'origine suisse.
Des opposants à la révision
Au-delà, Jean-Daniel Pasche estime que la loi révisée apportera une saine
émulation pour la recherche en Suisse, avec à la clé la création d'emplois.
D'après lui, la protection du "Swiss made" constituera le grand enjeu de
l'année 2010, à commencer par la nécessité de convaincre les sceptiques et les
opposants.
Parmi ceux-ci, on trouve 25 marques, dont certaines menacent de délocaliser.
Selon Jean-Daniel Pasche, qui reste confiant de voir le processus législatif
aboutir, des délocalisations auront lieu de toute façon si le Swiss made perd
sa crédibilité. Dès janvier, la FH poursuivra ses rencontres avec diverses
instances pour continuer à convaincre.

source Le Matin
